Pas plus tard qu’hier, j’ai lu un article de presse intitulé « Pourquoi les américaines n’ont pas de look. C’est mon mari qui me l’a transmis en disant : « Ça va t’inspirer pour tes chroniques. » Malheureusement, pas du tout ! D’abord, je n’ai jamais été une fashion victime: Je préfère mes jeans basiques, confortables et relativement bien coupés aux horreurs de certains grands créateurs. Ensuite, ayant habité longtemps à l’étranger, je n’ai pas l’œil aiguisé de la parisienne chic, capable en un éclair de noter toute faute de goût. Néanmoins la difficulté ne m’arrête pas, essayons de commenter la mode américaine. Euh… Je ne vois rien de vraiment remarquable. Ah si, la mode me semble nettement moins triste et uniforme que chez nous. Prenons un exemple comparatif: Dans le métro parisien (piochons une station au hasard…voyons…Châtelet vers 18 h): Face à soi déboule un troupeau de fourmis noires toutes identiques, bien décidées à tout exterminer sur leur passage. – À Houston, au Central Market (un supermarché à l’heure de pointe ça fera l’affaire?): Les vêtements des clientes semblent nettement plus colorés et variés. Pourtant, (sans doute à cause de ma formation scientifique) j’ai un doute sur la fiabilité de mon étude: Personne ne m’a bousculé ici, et les dames qui obstruaient légèrement le passage se sont même excusées avec un gentil sourire: Est-ce que ça ne créerait pas une impression faussement positive? J’observe mieux : Le look local est juste… Incroyablement banal: En semaine les salariées sacrifient au style « working girl », et à certaines occasions elles semblent un chouïa « overdressed » (à mon goût…mais je reste ouverte à la discussion). Rien de franchement rédhibitoire. (La coiffure n’est pas le sujet du jour). Rien de vraiment particulier. Les femmes d’ici viennent en tennis au bureau et chaussent leurs escarpins en arrivant; tout le monde vous l’a déjà raconté…je ne vais pas rabâcher. D’ailleurs certaines parisiennes futées commencent maintenant à adopter cette intelligente habitude. Rien de notable, absolument rien. Sauf… Un accessoire, qui fait à lui seul la spécificité d’un vrai « look américain ». Il se porte à la main. Un sac? Une bague? Des mitaines?…Quand même pas un smartphone? Non, vous n’y êtes pas. C’est…un mug. Quelque soit l’heure du jour ou de la nuit, à midi comme à minuit, quand vous croisez une américaine, elle tient SON MUG. Ce charmant attribut se décline â l’infini dans un choix ébouriffant de matières (carton paraffiné ou non, plastique opaque ou transparent, verre dépoli ou pas, métal brillant ou mat, bois, polystyrène et j’en passe) de couleurs (l’arc en ciel n’y suffirait pas) de motifs, de designs et de formes… Dans tous les magasins vous en voyez des rayons entiers. Le Must est d’en avoir un décoré au logo d’une des équipes locales, Rockets, Dynamos, Astros ou Texans (au choix), ça en jette plus que les autres. Mais aucune obligation, toutes les variantes sont admises. Il peut être isotherme ou non, encapuchonné ou non, avec ou sans paille, entouré d’une collerette en carton gaufré…tout est possible. Tout vous dis-je. Absolument tout. Mais il doit avoir UNE caractéristique, une seule: Être le plus grand possible, énorme, immense, gigantesque… Et déborder. Le chic du chic étant de laisser son sillage de café, thé glacé ou soda bien collant dans l’ascenseur. Et de marcher dedans, afin d’en répandre vraiment partout. Pour que tout le monde, y compris la française la plus miraud qui soit, remarque votre fabuleux accessoire de mode US… J’ajoute que, d’un point de vue ethnologique, vous remarquerez qu’aux États Unis, le seul objet préféré au mug est la voiture. On trouve donc dans le commerce des « carsters » absorbants spécifiquement destinés à protéger les portes mugs (intégrés aux dits véhicules) de toute projection intempestive. Ici, ces curieux objets d’artisanat chinois sont bien entendu à l’emblème du Texas. Et « C’est tout ce que j’ai à dire », comme l’aurait si bien exprimé ce cher Forrest.
