Aujourd’hui, c’est tout bon, j’ai enfin un RDV avec l’administration américaine pour déposer mon dossier de demande de « SSN », le fameux « Social Security Number » américain sans lequel on n’existe pas ici. Oui, comme vous, je suis convaincue que, quelque soit le pays, toute démarche administrative tourne en général au cauchemar. Mais…tout de même, nous sommes dans ce beau et grand pays moderne que sont les USA et une lueur de confiance m’habite. Ca devrait être simple. Du reste, j’ai pré rempli le formulaire et sous la main tous les justificatifs originaux plus au moins 3 photocopies de chacun d’entre eux, mieux vaut être prudent n’est ce pas. J’y ai ajouté des documents que personne ne me demande, sait on jamais? Reste à se préparer pour faire bonne impression, et représenter la candidate idéale que l’Etat du Texas sera heureux d’accueillir comme « US Person »(Statut qui lui permettra d’être immédiatement enquiquinée par le fisc américain et par sa banque française, stressée par de précédents déboires avec ce même fisc américain…) Donc, choisissons la tenue adéquate: un manteau orange, couleur ensoleillée et tonique s’il en est, un carré Hermès (Représentation digne du chic à la française), un sac à main Hong-kongais (ça c’est pour l’allure moderne), des talons hauts (eux pour la silhouette), et une touche finale d’eau de parfum (français aussi on ne se refait pas)…ça devrait aller…en route! Et en avance SVP, pour éviter tout aléas sur la route…Départ. Bon, en définitive j’ai bien fait de prendre de la marge, parce que Miss GPS est visiblement mal lunée ce matin: Elle m’a emmenée tout direct sur le parking d’une gigantesque concession automobile Ford…Aucun bureau administratif à l’horizon mais des voitures à perte de vue. Je me vois mal garer ma toute mignonne Chevrolet (avec ses splendides plaques provisoires étiquetées « GARAGE CHEVROLET » en gros) au milieu de milliers de voitures Ford à la vente, qui semblent grimacer de tous leurs pare-chocs. Allons nous parquer plus loin! Et là, j’ai le droit de me garer? J’ai pas le droit? C’est pas clair…allez je tente…de toutes façons, il n’y a pas âme qui vive…Oui, d’ailleurs, tiens, à qui vais-je demander où se trouve ce fichu bureau de Sécurité Sociale? Ah, si là bas, il y a quelqu’un: un gentil monsieur d’au moins 75 ans, qui m’explique qu’il commence aujourd’hui son premier jour de travail comme jardinier (vive la retraite française à un âge décent). Il a vu les bureaux que je cherche un peu plus loin, j’y cours. Ouf, pile à l’heure et il n’y a même pas d’attente puisque j’ai pris RDV, génial! On me fait signe de patienter derrière un guichet fermé par un volet. Suspense… Le volet s’ouvre et là je comprends instantanément que, arriver pimpante, c’était une erreur. Parce que la dame de l’autre côté, c’est l’incarnation d’un rêve américain quand il s’est cassé la figure. Il est 8 h du matin et elle a l’air épuisée, flasque, blême, le cheveux triste et la mine défaite dans son énorme pull gris informe. Je tends mes papiers mais je sais que c’est sans espoir. Elle feuillette compulsivement les feuillets et cherche une raison de refuser le dossier…tout est en règle, que va t’elle bien pouvoir trouver ? Le certificat de mariage? Je l’ai! Oui, mais il n’est pas traduit…Si! Oui, mais ce n’est pas l’original de la traduction…Si d’ailleurs il y a le tampon du traducteur… Ah, oui, mais il a été traduit à New York, ce n’est pas valable ici…il fallait le faire traduire à Houston! Ca y est, elle a trouvé la faille et son regard brille, pétille, elle va pouvoir refuser mon dossier avec un grand sourire… Je ne proteste même pas, parce que j’ai vraiment l’impression d’avoir éclairé sa journée… Et j’ai bien fait, car deux jours plus tard, je suis retournée avec le même dossier dans la même administration, où il a été accepté sans sourciller par une de ses collègues.
