Quel serait un mot plus fort « qu’indispensable » ? « Primordial »? Non c’est pas mieux. « Essentiel »? Non plus… Vous ne voyez pas? Moi non plus. Alors, disons que la voiture, à Houston, c’est quelque chose comme « indisprimentiel ». Imaginez, la ville fait, en km2 et pas en âcres cette fois ci pour être sûre que vous visualisez bien : 1625 km2. Elle pourrait contenir à la fois New York, Washington, Boston, San Francisco, Seattle, Minneapolis et Miami toutes ensembles. « Pas possible! » Ah, vous ne me croyez pas? Eh bien, n’hésitez pas à vérifier avec votre moteur de recherche préféré. Et dans cette gigantesque mégalopole une pauvre ligne de « Metro » (c’est le nom officiel du Tram) toute esseulée et, bien sûr, pas un supermarché à moins de 3 miles de votre domicile: Pas besoin, vous avez un véhicule personnel. Forcément. La voiture, c’est l’objet auquel les américains tiennent, clairement, le plus. Devant chaque maison, même la plus petite, la plus branlante, la plus miteuse, vous voyez parqués plusieurs véhicules rutilants, énormes berlines ou gigantesques pickups que leurs propriétaires semblent bichonner le dimanche avec amour. Vous êtes aussi resté baba devant les géantissimes concessions automobiles des constructeurs américains, avec leurs innombrables voitures flambant neuf, alignées en rangs serrés sous une bonne dizaine de bannières étoilées du Texas (Lone Star State) et de l’Union qui flottent au vent… Donc, vous comprenez qu’avoir une voiture ici, c’est vital. Et pour pouvoir la conduire, il faut? un GPS? Oui, c’est sûr…mais encore? Il vous faut une « Driving Licence » Texane. Ah, mais c’est facile, puisque la France et le Texas ont signé un accord de contrepartie mutuelle: Vous fournissez à l’administration votre permis de conduire français, elle vous retourne celui du Texas, génial ! Hélas, vous rêvez ! Vous devez aller « en personne » au bureau des permis de conduire pour remplir un formulaire d’échange. Qui vous demande de quelle race vous êtes. Ça surprend: En France il n’y a guère que les chiens qui ont des races… Bon, de toutes façons, vous avez le temps de vous poser la question…Car en arrivant dans les locaux administratifs, vous avez dû enregistrer sur la pointeuse automatique de l’entrée votre numéro de smartphone. En retour un sms vous indique que vous avez 92 minutes d’attente. Vous avez le choix de répondre L (Leave: je me barre) ou H (Help: à l’aide!); et si vous avez décidé d’attendre, eh bien attendez. Mais moi, je suis très chanceuse, parce qu’Emma, la gentille dame de l’agence de « relocation » chargée de nous aider, qui connaît bien la boutique, a prévu le coup. Quand elle arrive, tout sourire, elle a un numéro coupe file (Dommage, je ne parviendrai pas à savoir comment elle a fait pour l’obtenir sinon j’aurais partagé l’info avec ceux qui semblent en perdition dans les profondeurs de la salle d’attente) On a juste le temps de vérifier que j’ai bien apporté tous les papiers: Ah, il fallait le certificat d’immigration…mais puisque j’ai déjà (ou enfin!) mon numéro de Sécurité Sociale, c’est que j’ai immigré non? Il faut quand même l’attestation… Ouf, je l’ai en photo sur ma tablette, espérons que ça sera suffisant…c’est notre tour. Aujourd’hui, on a de la chance avec l’administration. La jolie jeune fille du guichet 10 (de race « black » ou métisse?) en tous cas bien sympathique, accepte d’imprimer le fameux document I 94 qui lui prouve que je suis bien sur le territoire américain. Reste à payer…et à passer le test de vue, une simple formalité: on déchiffre une ligne en regardant dans un appareil et on montre qu’on sait reconnaître les 3 couleurs des feux tricolores. Ok pour la ligne de lecture (euh, quoique difficilement) mais ça se gâte avec les couleurs: » Vert, orange, rouge. Non. Mais si, c’est vert, orange, rouge. Non ». Aie aie aie, en plus d’avoir la vue qui baisse, suis-je en train de développer un daltonisme tardif et fulgurant? Frénétiquement, je fouille mon sac à la recherche de collyre, quand heureusement, Emma me glisse discrètement à l’oreille: « vert, jaune, rouge » Vous saviez, vous, que orange c’est jaune aux USA? La charmante demoiselle met le tampon sur mon permis provisoire… Ouf ! Je vais pouvoir survivre ici.
