Tout les expatriés vous le diront. Quand vous partez à l’étranger, vous changez tout: votre toit, votre voiture, vos meubles, votre alimentation, vos habitudes, vos repères… En général, ça se passe, avec plus ou moins de facilité, globalement bien. La seule chose qui pose problème, c’est de changer de tête. La mienne, par exemple, m’accompagne depuis…un certain temps dirons nous. Elle n’est pas extraordinaire, certes, mais je suis habituée à la voir chaque matin dans le miroir de la salle de bains. Aujourd’hui, justement, elle est vraiment affreuse. C’est brutal. Hier encore, à grand renfort de gel, je pouvais me coiffer de manière acceptable, mais là, force est de constater, mes cheveux ont poussé. C’est normal, voilà 2 mois que je ne suis pas allée chez le coiffeur. J’ai bien essayé en France de faire couper ma tignasse aussi court que possible mais hélas les phanères ont vocation à repousser. Que faire? Je n’ai pas le choix, je vais devoir confier ma tête, la seule, à des mains étrangères. Et où aller? Ça s’annonce mal, depuis que je suis ici, je n’ai repéré aucun salon de coiffure; alors que des ongleries, il y en a vraiment partout, à tous les coins de rue et même plus. Mon cher mari a d’ailleurs interrogé à ce sujet notre ami Alan qui lui a expliqué : « C’est normal, il y a environ 50% de femmes aux USA, presque toutes ont 2 mains et 2 pieds avec 5 doigts à chacun donc ça fait beaucoup d’ongles. » Effectivement le raisonnement se tient mais alors en manque ‘il aux françaises? Il faudra que je vérifie en rentrant. De mon côté, j’ai questionné ma copine Kim, l’épouse d’Alan, pour savoir si elle avait trouvé un coiffeur correct. Ah, elle en essayé un, mais la simple coupe coûtait aussi cher qu’un WE dans un hôtel de luxe… Elle hésite un peu à sacrifier ses prochaines vacances pour refaire sa couleur. Ce n’est pas engageant. Mais je ne peux pas me permettre de me décourager, il y a urgence: interrogeons Martine, ma copine canadienne toujours pleine de ressources. Elle aussi a expérimenté un salon, d’ailleurs elle leur document explicatif dans son sac. Leur carte? Le plan d’accès? Non. Leur grille tarifaire. Sur une pleine page, un tableau excel (de 98 cases!) vous détaille les prix pratiqués. Sachez que vous ne payerez pas la même chose selon votre âge, la nature de vos cheveux (fins ou épais) mais surtout…selon l’expertise technique que vous recherchez. Sept possibilités vous sont offertes: À vous de choisir si vous préférez confier votre précieuse tête à un débutant, un senior, un maître coiffeur, un styliste, un directeur artistique, un créateur ou encore le patron du salon en personne. Les prix varient du simple au triple selon les compétences supposées de l’intervenant. « Oh My God »! Ma tête est mise à prix… En plus, à moi de déterminer combien elle vaut. Horrible dilemme… Finalement, je crois que je vais me laisser pousser les cheveux. Heureusement, de son côté, mon époux, peu sensible au slogan phare du géant de la cosmétique, a déjà trouvé « son » salon: Laissons le raconter: « Mon coiffeur s’appelle Mick. C’est un collègue qui m’a refilé le tuyau. Normalement une coupe masculine standard dans le Downtown, c’est environ 50 $: Cher payé quand le cheveu se fait rare et que la calvitie gagne jour après jour inéluctablement du terrain. Le Mick en question ne prend que 6 $, encore a-t-il eu récemment le toupet de monter son tarif de 20%: A 5 $ la coupe quand l’euro valait 1,60 $ c’était vraiment la bonne affaire. Lorsqu’on arrive, on trouve toujours de la place sur le parking. Normal, les cols blancs sont rares dans le coin et le quartier n’a rien d’un haut lieu du tourisme texan. Chez Mick, pas besoin de parler anglais. Il faut savoir 2-3 mots d’espagnol et ça suffit amplement. Pas d’attente avec un café, une boisson ou les Voici, Gala et Paris Match locaux. Si on veut lire on apporte son magazine, si on veut boire un coup, on a le droit de venir avec sa bière. C’est cool. Mais en vrai on n’attend pas chez Mick et c’est pourtant sans RDV. On entre dans le salon, on s’assied directement dans l’un des 6 fauteuils alignés devant autant de coiffeuses (toutes mexicaines). La première fois que j’y suis allé la coupe a été effectuée en 4 mn chrono, ce WE c’était bien plus lent. On a presque dû frôler les 6 mn 30. La technique opératoire est simple: Le client donne 2 chiffres en espagnol (c’est là où quelques rudiments de langue hispanique s’avèrent essentiels). J’annonce donc « Dos-Cuatro » ça signifie en mm la hauteur de lame: le plus petit chiffre c’est pour les tempes et le cou, le plus grand pour le dessus du crâne. La jonction des 2 se fait au jugé mais c’est plutôt bien réalisé en général. Donc allons y pour « Dos-Cuatro ». A l’instar des 5 autres clients alignés en rang d’oignons face au grand miroir qui court d’un bout â l’autre du salon, je m’assieds sur un fauteuil en vrai simili cuir. La coiffeuse bloque la tête de sa victime et la tonte commence. Ca rappelle furieusement le tondeur de mouton de l’Ariège ou du Limousin qui arrive à raser la bestiole en moins d’une minute. On s’en rapproche. Les cheveux volent de tous les côtés. En 2 temps 3 mouvements mon scalp est à nu. Un coup d’œil rapide dans le miroir que tend la demoiselle (de toutes façons ça ne sert a rien car elle le range immédiatement, client satisfait ou pas). Pschitt, un jet d’air pulsé sur la tête, dans le cou, au niveau du col et les quelques cheveux qui restaient accrochés ont tôt fait de gagner le sol. Hop, on gicle à peine du siège que « Next »‘ retentit dans la salle (ce sera bien le seul mot d’anglais que j’aurai entendu pendant mes 5 ou 6 mn chez Mick). Un autre habitué qui arrivait est déjà sur le siège en train de subir son tour de ratiboisage express. Pas de coup de balai entre 2, ça prendrait trop de temps. Moi j’ai payé mes 6 dollars, plus un de pourboire (1 $ ça représente quand même 16% après tout !) La petite coiffeuse a arrêté sa tonte 10 ou 15 secondes le temps d’encaisser et de me faire un grand sourire en me lançant : »Hasta luego et gracias ». Moi qui considérais toujours une séance chez le coiffeur comme une corvée, pour le coup je n’ai vraiment pas eu le temps d’y penser. Oui, il est vraiment bien ce Mick… »



