Quand on vit en expat, on a, de temps en temps, l’envie irrépressible de cuisiner des aliments bien typiques de son chez soi natal. C’est dans des moments comme ça qu’on se retrouve, en Afrique par 35 degrés, la clim réglée à toc, en train de perdre son pain dans une fondue savoyarde bien goûteuse. Qu’on a l’occasion de découvrir la saveur inégalée d’une raclette au bout d’une piste en latérite, merci le groupe électrogène. En tous cas sur le continent africain, les ingrédients ne posent pas de problèmes: vous les apportez dans vos valises à chaque retour de vacances. Vous n’aviez jamais imaginé avant d’essayer le nombre de trucs que vous pouvez congeler. Aux États Unis, le contexte est plus compliqué. La douane est regardante. Dans l’avion, vous devez remplir (sans parjurer « of course » sinon vous serez « prosecuted ») un questionnaire attestant que vous ne transportez rien qui fâche. Hélas, vous avez signé. Adieu veaux, vaches, cochons, couvées mais aussi foie gras, charcuteries, fromages non pasteurisés et produits frais… Vos papilles gustatives s’en recroquevillent de chagrin. Ici, les « bons » produits sont « organic » et sans « preservatives »mais malheureusement insipides, standardisés et trop salés. Ah, un vrai poulet fermier, un beaufort des alpages… Vous rêvez petit salé aux lentilles, garbure, choucroute alsacienne. Tiens justement… Tu as vu ça? Oui, là, dans le rayon de Central Market, il y a des sachets étiquetés « Choucroute ». On tente? Oui. On crève d’envie d’une bonne choucroute, tellement conviviale entre amis. Reste à trouver ce qui peut remplacer la palette fumée, le bloc de lard, la saucisse de Montbéliard, les Francforts, la graisse d’oie. Parce que rien de tout ça n’existe ici. Allez, histoire de corser l’affaire, pour que notre amie Kim puisse manger, tout doit être spécifié « gluten free ». Une vraie gageure. Ou plutôt un défi culinaire digne des meilleures émissions de télé-réalité. On erre comme des désespérés dans les travées du supermarché à la recherche des produits de substitution. La viande demi sel, les saucisses pseudo allemandes, les hot dogs, l’huile d’olive feront l’affaire. Et mon cher mari (oui c’est lui qui cuisine j’ai de la chance je sais) déploiera des trésors d’imagination pour créer une fantastique choucroute Texane, dans la pure tradition de la célèbre boisson lancée par Dr Pepper, un personnage emblématique de notre « Lone Star State ». Comme aurait dit cet éminent spécialiste en marketing: « Ca ressemble à de la choucroute, c’est doré comme de la choucroute mais ce n’est pas de la choucroute. » . Eh bien, bravo le chef…Nos copains américains n’ont même pas vu la différence!
